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 le voleur d'îles
(travail en cours) 

De la fascination, le spectateur peut passer

au désir, finalement, de découper l’œuvre.

Daniel Arasse, Le détail.

Ce travail s’inscrit dans un cycle sur l’espace insulaire (Les îles du désir) et a trouvé sa genèse dans mes recherches et lectures. Il y eu d’abord l’étymologie du mot isoler qui nous renvoie à « séparer comme une île (isola) ». Puis je découvrais que le géographe Guy Mercier, pour répondre à la difficile question de la définition de l’île, propose : « la seule manière serait d’en faire un concept limite ; réduire l’île à son degré zéro en la considérant comme un isolat total, une unité géographique complètement coupée du monde qui l’entoure ». Finalement, c’est l’historien de l’art Daniel Arasse qui me fit trouver le dispositif de cette série en cours.

Dans Le détail. Pour une histoire rapprochée de la peinture Arasse cite la fascination qu’exerçait sur un artiste flamand du XVIIe une île, simple détail dans La Chute d’Icare d’Hans Bol, avant de développer l’idée que « de la fascination, le spectateur peut passer au désir, finalement, de découper l’œuvre ». S’en suivent des exemples de tableaux ainsi découpés, telle Les Noces mystiques de sainte Catherine (Lorenzo Lotto, 1523) victime d’un soldat amateur d’art qui « sous le charme du paysage qui apparaissait par une fenêtre, le découpa du tableau. (…) Cette pratique de la découpe jouissive a été incontestablement liée au développement d’une consommation privée des œuvres ».

La série Le voleur d’îles revisite « cette pratique de la découpe jouissive » de la Renaissance en l’appliquant au champ de la photographie contemporaine. Je photographie des îles depuis le continent, depuis d’autres îles ou encore depuis la mer. Elles sont soit le motif principal, voire unique, des œuvres soit un simple détail du paysage. De retour dans l’atelier je tranche à même les tirages pour les en extraire. La découpe au cutter est volontairement grossière pour induire l’empressement et l’irrévérence du geste. A partir d’une photographie j’en obtiens ainsi deux : une mer amputée de son Atlantide et une île orpheline de sa mer.

A la vue de ses œuvres ainsi profanées le spectateur peut se demander qui est donc ce collectionneur-pirate qui écume musées et galeries pour n’y dérober que des îles ? Il pourrait bien s’agir de mon double fictionnel. Un artiste du scalpel qui souffre d’islomanie, « rare affection de l'esprit » et tropisme qu’inventa Lawrence Durrell pour qualifier ceux pour qui « les îles sont en quelque sorte irrésistibles ». La finalité de cet aigrefin est d’ailleurs de constituer pour sa « consommation privée » un archipel idéal réunissant toutes les iles subtilisées, chacune encadrée avec soin dans un écrin telle une terre précieuse.